III- Le Baroque et l'architecture de Borromini

Le Baroque

La Réforme qui se produisit au XVI ème  siècle au sein de l’église catholique, eut un fort impact sur l’ensemble de l’art. Ce mouvement privilégiait les thèses idéalistes au dépend des thèses rationalistes, fragilisant ainsi, les certitudes établies à l’époque par le développement des sciences. Cela créa un renouvellement de la conception même de l’art. C’est en cela, que le mouvement baroque traduit l’influence de La Réforme sur l’art en général. En architecture, il tend à s’éloigner du rationalisme ; les lois de la nature et les règles architecturales établies durant la période classique sont délaissées. Comme l’esthétique des formes architecturales qui prend le pas sur les règles de la statique. Le Baroque s’éloigne de la rigueur de l’ordre classique : la symétrie, les proportions, l’usage de droites et de courbes ou bien la perspective frontale de la Renaissance.  Les dispositifs architecturaux se mettent au service d’un discours allégorique comme en témoigne la colonnade en anses de la place Saint-Pierre de Rome qui semble embrasser et accueillir le reste du monde.

L’architecture de Borromini

L’architecture de Borromini est le reflet de cette effervescence artistique, à la fois critiqué par les néoclassiques pour son irrationalité, blâmé ou applaudi pour son excès de fantaisie.  Il ne faut pas oublier que l’architecte dut souvent composer avec de sévères contraintes d’espace et d’environnement architecturale comme en témoigne Saint-Charles des Quatre Fontaines, situé à un carrefour de Rome.

photographie extraite du livre Rome ( Electa)

L’œuvre de Borromini est fondamentalement anti-classique dans la volonté de sublimer la matière dans la forme sans recourir à des médiations intellectuelles ou naturalistes.

  •  D’après Giulio Carlo Argan, l’imagination de Borromini « s’affranchit de toute expérience de la nature. Elle ne procède jamais par l’imitation du vrai, et cherche a s’exprimer en formes impossibles d’un point de vue naturaliste et même statique, mais réalisables par le biais d’une extraordinaire virtuosité technique. ». Borromini s’éloigne des règles de la statique en créant des formes et des dispositifs qui semblent se soustraire aux lois de la pesanteur. Comme le montre la coupole de Saint-Yves de la Sapience s’élevant vers le ciel, dans un déploiement de courbes qui s’exonèrent des règles de la construction.        

photographie extraite du livre Borromini, Rome, l'architecture baroque de Giulio Carlo Argan

  • Chez Borromini la perspective est complexe, elle use d’axes divergents, opposés à la perspective normale, qui converge vers un horizon unique. Son usage de la perspective tend à resserrer ou à fermer les espaces architecturaux.  Les façades (ex : Couvent des Philippins si dessous ) montrent une tendance à sortir les membrures de l’édifice (poteau, structure...) et à contracter vers l’intérieur le volume du bâtiment. On peut souligner que Borromini par l’usage de perspectives variées autonomise la construction par rapport à son contexte (ville, autres bâtiments…) Comme l’exprime Giulio Carlo Argan «  un édifice étrange renfermé dans le jeu serré de ses lignes ». La perspective borrominienne, notamment dans l’usage de l’ellipse (dispositif baroque par excellence) tend souvent à réaliser des variations de la pénombre. Au contraire du baroque, qui utilise l’ellipse comme un moyen d’étendre l’espace.

photographie extraite du livre Borromini, Rome, l'architecture baroque de Giulio Carlo Argan

  • Giulio Carlo Argan fait un parallèle entre le peintre baroque Caravage et Borromini pour ce qui est de l’usage de la lumière. Chez Caravage, le contraste brutal entre la lumière et l’ombre élimine le clair obscur. La composition du tableau se voit figée et transformée par la luminescence, particulière au peintre, imposée au sujet peint. Ce dernier apparaît comme révélé par ce jeu de lumière. En opposition, au Bernin et à ses contemporains, l’architecture de Borromini n’est pas laissée dans une lumière universelle. Chaque édifice se singularise à son environnement. Borromini cherche à séparer l’édifice de ce qui l’entoure et l’isole de la lumière diffuse naturelle. Chez Borromini, la structure des édifices notamment les façades, contrarie l’effet recherché, traditionnellement dans le rapport à la lumière rasante. Les variations des plans perspectifs, l’usage de plans obliques, de courbes, par rapport au plan général de la façade crée la «  lumière particulière » de Borromini. Ce travail de la lumière est aussi présent dans la composition de ses bâtiments par le contraste entre vides et pleins et par la présence de saillies, de moulures et de découpes compliquées.

 

  • Par ailleurs, Borromini est souvent associé à l’excès de détails ornementaux. Il reste enfermé dans un répertoire formel et traditionnel par l’usage d’arcs, de tympan, de colonnes, etc.…. Mais utilise plus ces éléments dans une logique ornementale que constructive. (ex : Saint-Charles aux quatre fontaines : intérieur ; la voûte, le fronton décoratif et la voûte en perspective).                   


    photographie extraite du livre Borromini, Rome, l'architecture baroque de Giulio Carlo Argan


    L’utilisation de nombreux détails ornementaux en ajout, est souvent symbolique (Palais Barberini : détail de la corniche d’une fenêtre et fenêtre.) Un symbolisme souvent restreint à la simple signification emblématique de la forme, n’étant ni profond ni sublime. Les illustrations dans l’œuvre de Giulio Carlo Argan, de deux fenêtres, l’une du Bernin, l’autre de Borromini, montrent  comment dans la corniche, le Bernin reste proche de l’architecture classique en s’exprimant dans un langage qui prend en compte les lois de la statique et d’autre part, comment Borromini crée un jeu de forme et de détails purement ornementaux. La caractéristique extérieure de l’architecture de Borromini, est d’après Giulio Carlo Argan « son goût pour les découpes compliquées, les profils effilés, les arrêtes tranchantes, les moulures minutieuses, les saillies anguleuses » qui souligne ses réflexes d’artisan.

 

 

 

 

 

  corniche du Bernin

          photographies extraites du livre Borromini, Rome, l'architecture baroque de Giulio Carlo Argan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

corniche de Borromini

 

 

Tous les moyens, et tous les dispositifs architecturaux de Borromini, se mettent au service d’une expression architecturale qui s’éloigne des règles de composition et de la statique, au bénéfice de la mise en scène d’un idéalisme esthétique.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×